Posté par Xavier DELAUNAY le 10 juin 2016

Entrepreneuriat et loi-travail ... si les manifestants savaient ...

Dans un article  (voir article du Point ) on apprend que les artisans ont réussi à contenir la concurrence des « néo-créateurs ubérisables » en faisant valoir que leurs compétences d’artisan ne devaient pas être concurrencées par le flux croissant de créateurs mal ou peu orientés.

Une part importante (70% selon la Cour des comptes) se lance en effet sans préparation ni au métier qu’ils veulent vendre ni au métier qu’est, en soi, celui d’entrepreneur…

Outre le fait avéré que ce manque de préparation les mène pour 50 % d’entre eux dans le mur à moins de 3 ans, ils créent de fait une distorsion de concurrence avec les entreprises existantes qui sont sous charges et contraintes et se trouvent face à des concurrents subventionnés (qu’ils auraient parfois même bien aimé recruter …)

 

L'alinéa 8 de l'article 43 de la loi Sapin II a donc été retiré alors qu'il voulait favoriser une forme d'«ubérisation» de l'artisanat en détachant du corps des métiers des tâches plus simples (petits travaux de peinture, nettoyage de murs, lavage de voitures...).

 

Faut-il y voir le signe qu’Emmanuel Macron rejoindrait les propositions de la FNPAE (www.fnpae.org) qui propose que la création d’entreprise fasse, tout comme l’est l’orientation scolaire, l’objet d’une véritable préparation et orientation préalable, professionnelle et indépendante des réseaux d’accompagnement et prestataires/experts ?

 

 ... Demain, entreprendre, pourrait-il être ainsi soumis à un socle de compétences humaines entrepreneuriales minimum ? Manière de protéger les néo-créateurs fragiles en boostant leurs aptitudes et savoir-être pour assurer la fertilité de leur projet ???

Manière aussi de protéger les entreprises existantes de concurrents mal qualifiés & boostés eux à la subvention et autres allègements fiscaux ???

 

L’accompagnement actuel de la création d’entreprise porte sur le véhicule sans tenir compte (ou très exceptionnellement) du pilote. Alors que les 24h du Mans viennet d'être courues, il est bon de rappeler qu’une voiture peut être faite pour des courses de rallye, d’endurance ou de vitesse, ce qui nécessite quelques réflexions préalables, et que la victoire n’est possible qu’avec une vraie préparation des pilotes et des équipes au stand.

 

Les réseaux et experts actuels de création, tout entier orientés sur les enjeux complexes du financement, des montages juridiques et parfois des articulations de business modèle, ou de formation comptable/juridique/commerciale/web ne peuvent aujourd’hui, par manque de temps et de formation spécifique de leur équipe assurer ce travail pourtant essentiel d’orientation des entrepreneurs.

Le pôle emploi, missionné en reconversion salariale, ne dispose que rarement d’expertises sur des réalités entrepreneuriales devenues multiformes et complexes.

 

La FNPAE pilote le dispositif français le plus élaboré de Diagnostic et Bilan de Compétences Entrepreneuriales, sélectionné par des acteurs de référence dont INITIATIVE France.

Au cœur de la démarche la triple exigence dont le Ministre Emmanuel MACRON pourrait judicieusement s’inspirer :

  • de la prévention des risques pour des populations hélas nombreuses que l’on pousse un peu vite dans les bras des experts et prestataires web, immobiliers, banques, …

  • du renforcement des compétences et aptitudes non seulement techniques mais aussi comportementale (la fameuse posture entrepreneuriale qui manque tant à nos anciens salariés)

  • de l’accélération des porteurs à potentiels qui se noient dans une offre pléthorique d’incubateurs, accélérateurs et concours de tous ordre sans bénéficier au préalable d’un formatage opérationnel de leur business model.

 

Alors que les manifestants contre la loi-travail persévèrent à rechercher ou maintenir des protections pour les travailleurs, il ne manquerait plus qu’il leur vienne aux oreilles la situation réelle de 500 000 créateurs par an.

Ceux-là même que l’Etat et les partenaires sociaux subventionnent en fait pour plusieurs milliards (3 Mds selon la Cour des comptes) dans un modèle particulièrement sophistiqué par lequel le travailleur solo, pour 90 % d’entre eux, paye son outil de travail, s’endette pour cela, travaille parfois 10 heures par jour, se retrouve seul face aux choix complexes technologiques, comptables, fiscaux, commerciaux, et doit en plus trouver ses contrats et défendre ses marges…

On appelle ca l’entrepreneuriat !

 

Silencieuse traversée du désert pour près de 200 000 entrepreneurs-contraints laissés seuls pour assumer des risques et des enjeux auxquels ils ne sont pas préparés et qui les mènent à nourrir non plus des actionnaires boulimiques du CAC40 mais des banquiers et experts trop heureux de trouver des clientèles dociles et tellement investies…

Apprentissage compliqué mais fertile et passionnant pour celles et ceux qui ont fait le choix d’un accompagnement et de formations de qualités pour migrer vers cette nouvelle vie.

Immense joie pour celles et ceux qui en font un projet de vie, fondé sur un business parfois difficile mais passionnant, des équilibres ardus mais vécus et financés, des réussites discrètes ou médiatiques ou des échecs assumés et transformés en opportunité.

 

Si nos manifestants savaient… ils défileraient à million soit pour louer la valeur du travail des derniers qui pourront les embaucher un jour (on peut réver), … soit pour exiger un vrai accompagnement et préparation des premiers, à l’échec ainsi évité.

Posté par

Xavier DELAUNAY

Dirigeant Fondateur Pepinium - Forces Vives